Pendant longtemps, on a annoncé la mort du volet battant. Trop d'entretien, trop d'encombrement quand il est ouvert, trop difficile à motoriser proprement. Et pourtant, la statistique parle d'elle-même : sur les 4,2 millions de logements anciens recensés en France par le Service de l'Observation et des Statistiques (SOeS) en 2024, plus de 60 % conservent leurs volets battants d'origine. À Bordeaux, ce chiffre dépasse les 75 % dans le périmètre Unesco, où l'Architecte des Bâtiments de France impose le maintien de la fermeture traditionnelle. Le volet battant n'est donc pas une nostalgie : c'est une typologie technique à part entière, avec ses essences, sa quincaillerie, ses règles d'art et son économie.
Au Comptoir du Volet, nous fabriquons les volets battants à façon dans notre atelier de Mérignac, en partenariat avec deux scieries girondines pour le bois local, et nous distribuons les références aluminium Profalux et PVC Franciaflex pour les chantiers où le bois n'est pas exigé. Voici le panorama complet des matériaux, des typologies et des règles de pose.
Quatre matériaux, quatre logiques d'usage
Le chêne massif
Roi de l'esthétique bordelaise, le chêne (Quercus robur ou Quercus petraea) est le bois local par excellence — nos approvisionnements viennent des forêts de Saucats et de la Sauvegarde. Densité 720 kg/m³, classe d'emploi 3 naturellement durable, le chêne tient en façade extérieure 40 à 60 ans sans traitement chimique majeur, à condition d'être correctement lasuré tous les 6 à 8 ans. C'est l'essence imposée en secteur sauvegardé de Bordeaux quand le matériau d'origine est attesté. Coût : 480 à 620 €/m² posé selon épaisseur (27 ou 34 mm) et finition.
Le sapin lamellé-collé classe 3
Solution standard du marché français, le sapin du Nord (Picea abies) lamellé-collé est traité par autoclave à cœur — produit certifié CTB-B+ depuis 1998. Densité plus faible (450 kg/m³) mais excellente stabilité dimensionnelle grâce au lamellé. Lasure microporeuse 4 couches en atelier (Renaulac, Sikkens ou Adler), garantie 10 ans tenue de finition. C'est notre référence standard pour la rénovation pavillonnaire en Gironde : 320 à 420 €/m² posé.
Les bois exotiques (red cedar, moabi, ipé)
Pour les villas modernes et les chantiers exposés (front de mer, plein sud sans débord de toit), les bois exotiques offrent une durabilité supérieure sans entretien intensif. Le red cedar (Thuja plicata) reste notre favori pour son ratio poids/durabilité — 380 kg/m³ et classe 4 naturelle. Le moabi et l'ipé existent mais posent désormais des questions de traçabilité FSC qu'il faut surveiller. Comptez 520 à 680 €/m² posé.
Aluminium thermolaqué et PVC plaxé bois
Hors secteurs protégés, l'aluminium thermolaqué représente aujourd'hui 35 % de nos ventes de volets battants. Profilés Profalux Persy ou Franciaflex Quattro, lames de 14 ou 18 mm, thermolaquage RAL au four 200 °C avec garantie 10 ans tenue de couleur. Le PVC plaxé bois imite visuellement le chêne ou le pin pour un budget contenu (220 à 280 €/m²) mais ne convient pas sur les grandes hauteurs (au-delà de 1,80 m, le PVC fléchit).
Pleins, persiennés ou à barres et écharpes
La typologie du volet battant ne se réduit pas à un seul modèle. Trois grandes familles cohabitent, et le choix se fait à la fois sur l'esthétique de la façade et sur l'usage attendu — ventilation, occultation totale, résistance au vent.
Le volet plein
Composé de lames verticales jointives, le volet plein offre une occultation complète et une résistance maximale au vent. C'est la typologie historique des maisons rurales du Médoc et des Landes — robuste, simple, économique. Notre version standard, en sapin lamellé-collé, mesure 27 mm d'épaisseur et reçoit deux à trois barres horizontales arrière, plus une écharpe diagonale anti-cintrage (le fameux Z bordelais).
Le volet persienné
Lames horizontales fixes ou orientables, le persienné laisse passer l'air mais filtre la lumière. C'est la signature visuelle de l'échoppe bordelaise et du Triangle d'Or. Les lames sont taillées en losange ou en Z pour évacuer l'eau de pluie vers l'extérieur. Comptez 15 à 20 % de surcoût par rapport au volet plein à essence équivalente.
Le mixte (mi-plein mi-persienné)
Combinaison typique du Sud-Ouest : tiers supérieur persienné pour la ventilation, deux tiers inférieurs pleins pour l'occultation et la sécurité. C'est la typologie que nous installons le plus fréquemment dans les rénovations pavillonnaires des années 1930 à Caudéran et au Bouscat.
« Sur une échoppe Saint-Augustin, on ne se contente pas de copier le voisin. On va aux archives municipales chercher la photo de 1923 et on refait exactement les mêmes ferrures, les mêmes proportions, le même Z. »
Quincaillerie : Vachette, Torbel, Faynot
Sur un volet battant, la quincaillerie représente entre 12 et 18 % du prix total et plus de 50 % des problèmes de SAV. Trois fabricants français dominent le marché.
Vachette (Levallois-Perret, fondée en 1855)
Filiale du groupe Assa Abloy depuis 2000, Vachette fabrique à Vimeu (Somme) depuis le XIXe siècle. Sa gamme Vachette pour volets battants — gonds à scellement, pentures, espagnolettes — équipe environ 40 % des volets battants neufs en France. Référence sérieuse, distribution large, pièces détachées disponibles 15 ans minimum.
Torbel (Frasne, Doubs, fondée en 1948)
Spécialiste de la quincaillerie de bâtiment depuis 1948, Torbel propose des pentures et arrêts de volet de qualité supérieure, prisés en restauration patrimoniale. Leurs gonds à sceller en fonte d'acier, façonnés à Frasne, sont garantis 30 ans.
Faynot (Givet, Ardennes, fondée en 1830)
Plus ancien fabricant français de quincaillerie pour volets, Faynot Industrie est en activité à Givet depuis presque deux siècles. Référence des ferronniers et des Compagnons du Devoir, leurs espagnolettes et arrêts marseillais (S, têtes de cheval, têtes de bergère) sont fabriqués à l'unité à la demande pour les chantiers de monuments historiques.
Lasure ou peinture : finition en atelier
La principale faiblesse historique du volet bois — la corvée d'entretien tous les 3 à 5 ans — a été considérablement atténuée par l'évolution des produits. Sur tous nos volets battants en bois, nous appliquons en atelier une finition complète en 4 passes minimum :
- Bouche-pores incolore (1 passe, séchage 24 h)
- Impression fongicide et insecticide (1 passe, séchage 24 h)
- Lasure microporeuse pigmentée (2 passes, séchage 24 h entre les passes)
- Finition cire incolore optionnelle pour les rendus mats
Les produits Sikkens Cetol Filter 7 Plus et Renaulac Bois Extrême sont nos références. Garantie tenue de finition 10 ans sur les façades exposées plein sud, 12 ans en orientation Est ou Nord. Un entretien d'égrenage et de re-lasurage est conseillé tous les 8 ans en moyenne, contre 4 ans pour une peinture glycéro classique.
Conformité ABF dans le secteur sauvegardé
Bordeaux abrite l'un des plus grands secteurs sauvegardés de France — 150 hectares classés au patrimoine mondial Unesco en 2007. Dans ce périmètre, comme aux abords des monuments classés du Cap Ferret, d'Arcachon ou de Saint-Émilion, toute modification de fermeture extérieure est soumise à déclaration préalable de travaux et à avis de l'Architecte des Bâtiments de France (UDAP 33, anciennement STAP).
Concrètement, l'ABF impose en règle générale :
- Le maintien du matériau d'origine (bois, à 95 % des cas)
- Le respect de la typologie historique (plein, persienné ou mixte selon l'époque du bâti)
- Une teinte conforme au nuancier de la ville (gamme « Bordeaux » : gris perle, gris ardoise, vert wagon, brun de Sèvres)
- Le conservation ou la reconstitution des arrêts de volets en fonte historique
- L'interdiction des motorisations apparentes
Le délai d'instruction d'une DP est de 1 mois en zone classique, 2 mois en abords de monument historique, 3 mois en secteur Unesco. Nous accompagnons systématiquement nos clients sur ce dépôt — photos, plans, échantillons de teinte — et notre taux de validation au premier dépôt dépasse 92 %.
« L'ABF n'est pas l'ennemi du propriétaire. C'est un garde-fou qui protège la valeur de votre bien. Une maison Unesco bien restaurée vaut 20 à 35 % de plus qu'une maison Unesco abîmée par des travaux non conformes. »
Motorisation discrète : Geryon ou Selve
Motoriser un volet battant pose un problème technique réel : il faut faire pivoter un vantail de 60 à 90 cm de large autour d'un gond extérieur, sans que le mécanisme ne soit visible. Deux solutions techniques dominent.
Le bras articulé Geryon (fabriqué en Italie depuis 1995, distribué par BFT en France) se fixe en partie basse du tableau de fenêtre, à l'intérieur. Le bras traverse une lumière étanche dans le mur et entraîne le vantail. Discrétion maximale, conformité ABF possible sous conditions. Comptez 850 à 1 200 € par fenêtre tout compris.
Le système Selve (fabricant allemand fondé en 1968 à Lüdenscheid) intègre un moteur tubulaire directement dans le gond, technologie brevetée SE Pro Acc. Plus discret encore, mais limité aux vantaux de moins de 1 m de large. Coût : 1 100 à 1 400 € par fenêtre.
Dans le secteur Unesco bordelais, l'ABF accepte aujourd'hui la motorisation Geryon sous réserve qu'aucun élément mécanique ne soit visible depuis la rue. Nous l'avons posée avec succès dans une quinzaine de chantiers à Saint-Pierre et au Chartrons depuis 2022.
